Merci pour cette nuit d’insomnie

Je referme les yeux.

Mon cœur bat toujours ardemment.

Quand reverdiront les feuilles à la fenêtre ?

Quand tiendrai-je mon amour entre mes bras ?

Cette citation de Wilhelm Muller & Franz Schubert (Le voyage en hiver) est mise en exergue du roman de Mathias Enard, Boussole (Prix Goncourt 2015)

J’ai commencé Boussole avant hier soir. Je l’ai terminé ce matin à 5:32 très précisément. Je ne vais pas vous dire qu’à l’heure où je vous écris, je suis très fraîche (lire ou dormir, il faut choisir), je ne suis même pas sure d’avoir encore les yeux en face des trous, je pense même que des allumettes feraient l’affaire pour les garder un tant soit peu ouverts. Mais il y a une chose dont je suis certaine, c’est d’être définitivement conquise par la plume virtuose et érudite de celui que beaucoup appellent déjà “le nouveau Balzac”. Car Mathias Enard est bel et bien de l’étoffe des grands classiques.  Avec Boussole, il nous entraîne au fil d’une nuit d’insomnie (celle qui frappe son narrateur, un certain Franz Ritter, ce fameux “musicologue épris d’Orient” de la quatrième de couverture du livre) pour un voyage (entre 23 heures et 7 heures du matin) totalement  inimaginable pour nous. D’iistanbul, Alep, Damas, Palmyre à Téhéran, chaque page de ce roman va nous sortir de nous-même, pour nous confronter à une infinité de sujets et de personnages dont on n’aurait jamais eu idée. De Vienne en Orient et à travers le savoir de Ritter, parfois même de ses divaguations et  de la fumée d’opium, ça en fait du monde et des noms, des scènes et des lieux!! Aussi c’est clair qu’ on aurait plus vite fait le tour de ce que cet universitaire orientaliste ignore que de ce qu’il sait. On ne se rappellera peut-être pas de tout ni de tout monde (sans doute nous faudra-t-il une deuxième lecture). Mais on essaie de ne rien perdre en route –et surtout pas le Nord! (Manquerait plus que ça: sortir tout désorienté de la lecture d’un livre qui a pour titre “Boussole”)…

De toutes façons, ne comptez pas sur moi pour tout vous raconter. Il faut le lire, non mais… ! Ah, si, je vais quand même vous toucher deux mots de Sarah. La belle et sensuelle Sarah, cette femme à la fois érudite et aventurière, à laquelle tout ramène Franz, mais  qui, il faut bien le dire,  lui  joue la fille de l’air.  Ainsi qu’à nous, par la même occasion…   Eternellement ailleurs, on ne sait pas où… (Euh, si, au temps pour moi!  Bornéo, aux dernières nouvelles)…

Allez un petit extrait qui émerge des souvenirs de Ritter (Mais parce que c’est mon vendredi de bonté. Et parce que c’est vous):

…”Deux couvertures dessous, deux dessus, voilà notre couche palmyréenne ; Sarah s’était roulée en boule contre moi, le dos près de mon ventre. Elle m’avait demandé gentiment si cela ne me dérangeait pas : j’avais essayé de ne pas laisser paraître mon enthousiasme, non bien sûr, nullement, et je bénissais la vie nomade — ses cheveux sentaient l’ambre et le feu de bois ; je n’osais pas bouger, de peur de troubler sa respiration, dont le rythme m’envahissait ; j’essayais d’inspirer comme elle, adagio d’abord puis largo ; j’avais auprès de ma poitrine la longue courbure de son dos, barrée par le soutien-gorge, dont je sentais l’agrafe contre mon bras replié ; elle avait froid aux jambes et les avait un peu entortillées dans les miennes — le nylon était doux et électrique à la fois contre mes mollets. Mes genoux dans le creux des siens, il ne fallait pas que je pense trop à cette proximit , ce qui était bien sûr impossible : un désir immense, que je réussissais à étouffer, me consumait malgré tout, en silence. L’intimité de cette position était à la fois chaste et érotique, à l’image de l’Orient lui-même, et avant d’enfouir pour quelques heures mes paupières dans ses boucles, j’ai jeté un dernier regard, au-delà de la laine bleue, vers le ciel de Palmyre, pour le remercier d’être si inhospitalier” – page 147…

Sur ce, je vais vous laisser. Besoin d’un bon café, là –pas vous?

Extraordinaire! Magique! -j’ai envie de dire. Un vrai roman de littérature (comme j’Aime). Erudit, certes, mais qui n’en est pas moins captivant. Car Mathias Enard est un grand qui, d'une phrase vous attrape au lasso d’une verve pas croyable, puis vous emporte avec lui et son héros,vers un Orient dont on a tout à découvrir. Bon, cette toute première phrase du début, elle fait 27 lignes. Oui quand même. Mais justement, vous en sortez ébloui, complètement subjugué ( waw!) Dés lors, vous n'avez qu'une envie: continuer à lire... lire jusqu’au bout de la nuit. C’est l’insomnie assurée! Dont on tiendra pas rigueur à l'auteur. Au contraire! Pour ma part, je le remercie... Boussole, un beau, un très très beau roman ( un des plus beaux de ma collection des Goncourt)...

Extraordinaire! Magique! -j’ai envie de dire. Un vrai roman de littérature (comme j’Aime). Erudit, certes, mais qui n’en est pas moins captivant. Car Mathias Enard est un grand qui, d’une phrase vous attrape au lasso d’une verve pas croyable, puis vous emporte avec lui et son héros,vers un Orient dont on a tout à découvrir. Bon, cette toute première phrase du début, elle fait 27 lignes. Oui quand même. Mais justement, vous en sortez ébloui, complètement subjugué ( waw!) Dés lors, vous n’avez qu’une envie: continuer à lire… lire jusqu’au bout de la nuit. C’est l’insomnie assurée! Dont on ne tiendra pas rigueur à l’auteur. Au contraire! Pour ma part, je l’en remercie… Boussole, un beau, un très très beau roman ( un des plus beaux de ma collection des Goncourt)…

La nuit descend sur Vienne et sur l’appartement où Franz Ritter, musicologue épris d’Orient, cherche en vain le sommeil, dérivant entre songes et souvenirs, mélancolie et fièvre, revisitant sa vie, ses emballements, ses rencontres et ses nombreux séjours loin de l’Autriche – Istanbul, Alep, Damas, Palmyre, Téhéran… –, mais aussi questionnant son amour impossible avec l’idéale et insaisissable Sarah, spécialiste de l’attraction fatale de ce Grand Est sur les aventuriers, les savants, les artistes, les voyageurs occidentaux.
Ainsi se déploie un monde d’explorateurs des arts et de leur histoire, orientalistes modernes animés d’un désir pur de mélanges et de découvertes que l’actualité contemporaine vient gifler. Et le tragique écho de ce fiévreux élan brisé résonne dans l’âme blessée des personnages comme il traverse le livre.
Roman nocturne, enveloppant et musical, tout en érudition généreuse et humour doux-amer, Boussole est un voyage et une déclaration d’admiration, une quête de l’autre en soi et une main tendue – comme un pont jeté entre l’Occident et l’Orient, entre hier et demain, bâti sur l’inventaire amoureux de siècles de fascination, d’influences et de traces sensibles et tenaces, pour tenter d’apaiser les feux du présent.

Quatrième de couverture (Editions Acte Sud)

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12 réflexions au sujet de « Merci pour cette nuit d’insomnie »

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  4. Je ne connaissais pas Matias Enard. Je sens que Boussole va entrer dans ma PAL.
    J’aime beaucoup ces lectures qui prennent le pas sur le sommeil. On a alors ce curieux sentiment de voler du temps à la vie, et sans en retirer aucune culpabilité, bien au contraire, puisque confortablement installé au fond de la bulle qui protège tout lecteur captivé. 😘

    Aimé par 1 personne

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