ROMAN… S/ Der Lindenbaum ( Le Tilleul) de Wilhelm Müller & Franz Schubert

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

ROMAN

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bons dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, – la ville n’est pas loin, –
A des parfums de vigne et des parfums de bière …

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche …

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête …
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête …
Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père …

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif …
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines …

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire … !

– Ce soir-là, … – vous entrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade …
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade

Arthur RIMBAUD, 1870

Roman » est le 12ème poème sur 15 du 1er cahier de Douai

« À la fontaine devant le portail »… premier vers d’un lied allemand, connu également comme chanson populaire. Les paroles sont de Wilhelm Müller. Et le lied fait partie d’un cycle de poèmes que Müller nomma « Le Voyage d’hiver ». Franz Schubert a mis en musique ce cycle de poèmes et Der Lindenbaum (Le Tilleul) est le cinquième lied de ce cycle.

🎼

Der Lindenbaum
(Le Tilleul)

Ils ont roulé sous le tilleul
Sie trieben’s unter dem Lindenbaum

Et beaucoup aimé et caressé
Und liebten und zärtelten sehr

Il a rêvé l’ancien rêve d’un arbre
Er träumte den uralten Bäumetraum

Elle rêvait de la mer humide
Sie träumte vom feuchten Meer
L’herbe a gonflé haut, elle a tourné
Hoch wogte das Gras, es wendete

La lune discrètement son visage
Der Mond diskret sein Gesicht

Le hibou regarda et se demanda
Die Eule äugte und wunderte sich

Parce qu’elle n’a pas compris
Denn das verstand sie nicht
L’air était très doux et le vent du soir
Die Luft war sehr weich und der Abendwind

Corps et esprit rafraîchis
Erfrischte Leib und Sinn

La terre trembla doucement et sentit
Die Erde erbebte sanft und empfand

Gain de plaisir le plus doux
Süßesten Lustgewinn
Ils ont roulé sous le tilleul
Sie trieben’s unter dem Lindenbaum

Jusqu’au plus profond de la nuit noire
Bis tief in die schwarze Nacht

Et sont même à la première aube
Und sind selbst beim ersten Morgengraun

Pas réveillé par la ruée des tilleuls
Vom Lindenrausch nicht erwacht
Les chiens hurlaient, le cor sonnait pour la chasse
Es jaulten die Hunde, das Horn blies zur Jagd

Une mélodie entraînante
Eine treibende Melodie

Ça a dû les faire tous les deux
Die hat es den beiden wohl angetan

Parce qu’ils les ont tous les deux bluffés
Denn beide bliesen sie die
Les coups de feu ont fusé, un cri aigu
Die Schüsse peitschten, ein spitzer Schrei

Et il tomba avec un gémissement
Und er kam mit Stöhnen zu Fall

Mais l’odeur du tilleul et de l’herbe humide
Doch der Duft der Linde und das feuchte Gras

Bientôt l’a rendu volumineux à nouveau
Machten ihn bald wieder prall
Les chasseurs sont passés devant eux
Die Jäger ritten an ihnen vorbei

Mais ils n’ont pas vu les amants
Doch sah’n sie die Liebenden nicht

Ils n’en ont vu qu’un qui s’est couvert
Sie sahen nur Einen, der deckte mit sich

L’autre et dérangeait la vue
Den Andern und störte die Sicht
Les aboiements de chiens sont venus de loin
Von Ferne her kam noch Hundegebell

Mais cela s’est vite terminé dans le vent
Doch das endete bald im Wind

Et le soleil était haut et ils ont fait l’amour
Und die Sonne stand hoch und sie liebten sich

Encore une fois très vite
Noch einmal, ganz geschwind
Ils ont roulé sous le tilleul
Sie trieben’s unter dem Lindenbaum

Quiconque veut peut encore les voir
Wer will, kann sie immer noch sehn

Mais il devrait se dépêcher car en attendant ‘
Doch soll er sich eilen, weil mittlerweil

Les gens font la queue là-haut
Die Leute dort Schlange stehn

WHAT ELSE ?

SOUS LE TILLEUL *

« Sous le tilleul » est extrait de « Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été », mon deuxième recueil de poésie à paraître ( septembre 2021). Titre emprunté à Albert Camus….

13 commentaires sur “ROMAN… S/ Der Lindenbaum ( Le Tilleul) de Wilhelm Müller & Franz Schubert

    1. C’est normal de prendre des vacances. Moi tossi, j’ai fait comme le soleil depuis le début de la saison estivale, bcp brillé par mon absence.
      Merci Lydia d’être passée et pour ton commentaire. Bonne journée !

      Aimé par 1 personne

  1. Hymne à la campagne
    La campagne m’a appris à me lever très tôt et humer l’air frais du matin. Elle m’a appris à me contenter de peu et à manger sain. Il n’y avait pas d’électricité, donc pas de télévision sauf la radio transistor, écouter est mieux que voir. Il n’y avait pas de réfrigérateur, mais je buvais l’eau de source. Il n’y avait pas de piscine, mais je nageais dans la rivière à l’eau claire et vivifiante. Il n’y avait pas de salle de sport, mais je m’adonnais à la marche entre les arbres dont les feuillages frissonnaient au moindre souffle de la brise rafraîchissante. Je ne mangeais pas le pain de chez le boulanger, mais les galettes d’orge ou de blé faites par ma tendre mère dans le four en terre rouge. Il n’y avait pas de salle d’orchestre mais j’écoutais le chant des oiseaux perchés sur les branches des saules et des peupliers. Je ne mangeais pas la viande de chez le boucher, mais le gibier qu’on chassait. On n’avait pas de cinéma, mais des histoires qu’on se racontait au coin du feu ou sous les arbres qui nous couvraient de leurs ombrages. J’aime la campagne où je sens le vent de la liberté emplir toute mon âme.

    J'aime

  2. J’aime le poème de Rimbaud découvert au lycée avec des profs fantastiques qui m’avaient ouvert à la littérature. J’aime le portrait. J’aime l’interprétation de winterreise qui m’a donné envie de réécouter mon vinyl, interprétation magique, mais tellement mélancolique de Zen et Haefliger. Merci Solène pour toutes ses émotions qui arrivent par ce post 😃

    Aimé par 1 personne

    1. Bon jour Alain. Comme toi, j’aime revenir à Rimbaud ( de temps à autre). En tout cas, je suis très touchée par ton commentaire. Venant de toi, ça fait d’autant plus plaisir. Ton blog est si bien conçu, et tellement agréable à lire.
      Tu parles d’émotions, je ne vis que de ça, je crois. Un permanent besoin de vibrer. Et de m’émerveiller.

      Très très beau week-end à toi. Et à très bientôt. Au plaisir de te lire, toujours.

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s