MON PETIT MOMENT DE POÉSIE MATUTINALE

Humeur du moment

« Oursi Ourson Ourzoula
Je voudrais que tu sois là
Que tu frappes à la porte
Et tu me dirais c’est moi
Devine ce que j’apporte
Et tu m’apporterais toi

C’est dimanche il est 8 heures
Et je ne veux pas sortir
Et je m’ennuie à mourir
Alors je t’écris mon ange
Une chanson du dimanche
Une chanson pas très drôle
Mais on y ajoutera
Mardi soir un grand couplet
Viens dormir sur mon épaule
Et on ne dormira pas. »

 

 

Oursi ourson ourzoula
Je voudrais que tu sois là
que tu frappes à la porte
Et tu me dirais c’est moi
Devine ce que je t’apporte
Et tu m’apporterais toi

Depuis que tu es partie
j’ai de l’ennui tout autour
ça me ravage le foie
beaucoup mieux qu’un vrai vautour
Et je ne sais plus quoi faire
Alors j’ai pris tes photos
je les pendues au mur
Et j’ai dit regardez-moi
avec vos yeux d’autre part
Ce sont les seuls yeux du monde
Dans lesquels j’ose le voir

Le Bärchen était au mur
Et il s’est mis à pleurer
parce que j’étais si triste
il voulait me consoler

Les autres peuvent me dire
des choses, des choses, des
choses mais que j’oublie vite
toi je sais ce que tu dis
Je me rappelle ta voix
Je me rappelle tes mots

Je t’ai suivie à la gare
je suis monté dans le train
mais il est parti tout seul
Tu disais que je m’en aille
pour ne pas que je m’ennuie
en attendant sur le quai

Plus jamais une seconde
plus jamais sans te toucher
savoir que tu es si loin
ne pas pouvoir y aller
mais comme un pauvre imbécile
Je disais pour quelque jours
se séparer, c’est facile
après tout, s’il arrivait
que tu partes en tournée

Il faudrait nous habituer
mais tu vois si j’étais bête …
Car on ne s’habitue pas
à crever, même en six mois.

Oursi Ourson Ourzoula
Je voudrais que tu sois là
Tes talons dans l’escalier
feraient le bruit que je guette
et tu serais dans mes bras

C’est dimanche, il est huit heures
Et je ne veux pas sortir
Et je m’ennuie à mourir
Alors je t’écris, mon ange
Une chanson du dimanche
Une chanson pas très drôle
Mais on y rajoutera
Mardi soir, un grand couplet
Viens dormir sur mon épaule
et on ne dormira pas

Boris Vian, extrait de Berceuse pour les ours partis. 1951

Bärchen : Ourson ou petit ours en langue allemande

Boris Vian aimait bien surnommer sa femme Ursula Kübler « Ourson ».C’est donc à  elle qu’il adresse cette adorable déclaration  d’amour. Mais cette berceuse restera dans le bureau de Boris Vian pendant des années. Ce n’est qu’après la mort de Boris Vian  qu’Ursula Vian découvrira cette chanson d’amour. Et elle sera  publiée pour la première fois en 1976 dans la revue Obliques.

WHAT ELSE ?

Le temps de terminer ce billet commencé ce matin, et mon café est froid ( pour ne pas changer) .

Et vous savez quoi ? Je vous emmène jusqu’à l’appartement parisien de Boris Vian., où  je vais vous laisser pour une visite des lieux bien sympathique.

Belle journée, à  plus tard.

L’écrivaine et l’inconnu du Café de la place

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Or, ces images qui me viennent tout de suite après les mots d‘Angel, nous ramènent presque un an et demi en arrière, un soir d‘Halloween – ça s’oublie pas.

Tombé d’une autre planète au beau milieu de la fête, il ne comprenait rien à la raison qu’il était là entre une citrouille et un balai de sorcière. Je rigole, mais sur le coup sa présence avait jeté un froid. Angel, elle – aussi incroyable que cela puisse paraître, elle faisait pas du tout attention à lui. Quand il est entré dans le café, tout dégoulinant de flotte et de mauvaise humeur avec son vieux bouquin sous le bras, elle lisait à l’autre bout du bar. Plongée dans le sien de bouquin, elle était bien la seule à pas l’avoir remarqué. Je me suis approchée d’elle, et j’ai dû lui dire un truc comme : « hé, la grosse, ton thé est servi ».
– Pas causante aujourd’hui, on dirait. Qu’est-ce que tu lis ?
– Le Voyage.
– Ah bon, encore. Et t’en es où, là, avec Bardamu ?
– Au passage où il parle du p’tit Bébert. C’est sublime, je trouve. Écoute ça, Zouzou : sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d’affection pure que je n’ai jamais pu oublier. Une gaîté pour l’univers…
Voyage au bout de la nuit, c’était le livre auquel elle revenait sans arrêt comme à de la poésie. C’était la petite musique qui lui tenait compagnie, la « voix off » qui lui parlait intérieurement, comme en écho à ses propres réflexions.
Transportée une fois de plus par les mots de l’ami Louis dont elle croyait être la seule à détenir la clef, elle ne s’était même pas donné la peine de lever la tête pour me répondre. Après avoir repoussé machinalement la tasse fumante un peu plus loin sur le comptoir, elle a continué sa lecture à haute voix :
– Peu d’êtres en ont encore un petit peu après les vingt ans passés de cette affection facile, celle des bêtes. Le monde n’est pas ce qu’on croyait ! voilà tout ! Alors on change de gueule ! Et comment ! Puisqu’on s’était trompé ! Tout de vache on devient en moins de deux ! Voilà ce qui nous reste sur la figure après vingt ans passés ! Une erreur ! Notre figure n’est qu’une erreur ! J’adore, pas toi ?
– Si si, super. Justement, en parlant de figure, suis mon regard, que je lui ai fait tout bas, et cherche l’erreur sur celle-là.
Alors là – je vous raconte pas, dans son visage à elle cramoisi, ses lèvres ont formé un magnifique O majuscule, et, sous ses sourcils en accents circonflexes, ses yeux ont pris l’apparence de deux grosses soucoupes. Elle qui n’aimait pas la banalité et la routine – sa réalité, en fait – prétendait ne s’intéresser qu’à l’exceptionnel. Sans pour autant aspirer à une existence à hauts risques, débordante d’intensités fatales, elle avait, je crois, surtout besoin de vibrer. Elle voulait transposer, elle allait être servie. Servie l’écrivaine. Servie à mort. Et pas à crédit.
Louis-Ferdinand, si tu nous regardes.
Un ours ! Voilà de quoi il avait l’air : d’un ours mal léché ! C’est vrai qu’il sentait bon, l’animal. Il sentait Eau sauvage. Le hic : quand la bête a mal, elle reste imprévisible. Même caressée dans le sens du poil, on sait jamais.
Les autres, ça les impressionnait pas plus que ça. À part la patronne bouche bée, le stylo en l’air, derrière son tiroir-caisse et l’écrivaine chez laquelle, j’ai très vite remarqué ce teint apoplectique.
Moune encore, maintenant que je connais la suite, je comprends mieux sa stupéfaction. Mais Angel… il la calculait même pas derrière la fumée de son cigare. Qu’importe, elle l’avait immédiatement choisi pour être son héros.
Un mufle en plus. Un beau mufle qui tétait son barreau de chaise en se fichant pas mal d’incommoder sa voisine de comptoir. Non, décidément, je vois pas ce qu’elle lui trouvait de si fascinant à ce type. Trop vieux pour elle, d’abord. Lui quarante et quelques, elle vingt-trois. Il aurait pu être son père. Et pourtant pourtant…
Bluffée au point d’en avoir le sifflet coupé, voire même d’en oublier son ego XXL, elle ne voyait plus que du bleu ; le bleu grisaille de ses yeux à lui : « brillants comme des flaques qui inondaient ses traits d’un sourire malheureux ».
Tu parles ! Une grimace, oui, parce que le bout de son cigare lui brûlait les doigts.
Du bleu donc, si on veut, et délavé un peu qu’elle prenait pour une mer.
« Non, pas une mer, un océan. Enfin quelque chose d’immensément transparent, et profondément attirant qui donnait envie de plonger dedans. »
Tel un tsunami imprévu, l’émotion qui submergeait l’écrivaine l’entraînait dans un tourbillon de mots bleus qui la rendait morose, finalement. Trop de mots d’un coup. C’était la panique dans sa tête à Angel. Elle avait littéralement pété un câble, et si j’en rajoute une louche, c’est d’après elle :
« À moi la tasse ! Vite mon twining ! Je roule, je tangue… pense à mes cheveux plats de naufragée du week-end en solitaire, mon look cracra de nana errante. Encore heureux que je sois assise, il verrait le trou que j’ai au derrière, sinon. Et le string rouge qui dépasse de mon jean. Oh, et puis vogue la galère ! Même pas une cigarette pour faire genre j’me noie pas, ça baigne au contraire… »
– Dis, Zouzou, j’peux t’piquer une blonde ? Qu’elle a fini par me demander, la main sur mon paquet de clopes. Ah, tu fumes des menthol, maintenant ?
– Comme tu vois, mais vas-y Angie, sers-toi, les allumettes sont là. Tiens, j’vais m’en griller une petite avec toi.
Ouf, elle refaisait surface saine et sauve. Les plus courtes sont les meilleures, surtout quand elles ne sont pas drôles. Cinq minutes de plus sans ciller, et j’appelais le conservateur du musée Grévin. Notre écrivaine d’Acacias city moulée dans la cire… j’imaginais le tableau.
Quant à Moune, grande maîtresse incontestée des lieux, heureusement que sous son corsage en imprimé léopard, sa poitrine 105 E se soulevait dans un mouvement régulier, sans quoi pour la revoir elle aussi, il aurait fallu payer l’entrée. Elle n’allait d’ailleurs pas tarder à retrouver ses esprits dans ce gros nuage au benzène mentholé qui la faisait suffoquer.
– Hé là, les soeurs de nicotine ! Vous êtes jeunes et en bonne santé, vous ne devriez pas fumer, mes poulettes. Votre condamnation est écrite en toutes lettres sur ce paquet : fumer tue. Les buralistes veulent se mettent en grève, qu’ils s’y mettent. Et qu’ils aillent au diable ces marchands de mort !
Vous voilà prévenus vous autres. Si vous allez un jour au Café de la Place, et que vous trouvez pas de cendriers sur le comptoir, vous saurez pourquoi : Moune les considère comme des armes de destruction massive.
J’ai jeté mon mégot par terre, et tout en l’écrasant avec le pied, je suis revenue à cet individu d’un genre ovniesque. Je force peut-être un peu le trait, mais pas beaucoup. Du reste, c’est pas Angel qui aurait dit le contraire : ce « bel inconnu » (entre guillemets, j’y tiens) n’était pas Monsieur Tout le Monde
Entre les brèves de comptoir interminables et les vannes grasses en veux-tu – tant pis en voilà, qui lui passaient au dessus du cigare comme du crachin sur un parapluie grand ouvert, il nous donnait l’impression de vouloir défier sa peur de la solitude, rien que pour lui prouver à sa bonne vieille solitude à lui tout seul, qu’il pouvait être présent au monde sans subir cette dictature qu’est le besoin des autres pour se sentir exister.
Quoiqu’il en soit, moi, ce qui m’intriguait le plus, c’était son costard de prince pas du tout charmant. Franchement, on pouvait pas deviner qui il était, ni ce qu’il faisait dans la vie. Encore moins dans cette jungle truffée d’homos sapiens cradingues et débraillés. Un touriste sans appareil photo ?
Une histoire de « ouf » comme on dit chez nous. Surtout qu’en cherchant bien, on peut trouver plus pittoresque à visiter que cette frontière Paris-banlieue où rien n’est beau. Non, plutôt un marcheur solitaire égaré dans le coin. Un homo intellectus qui s’était ouvert un bouquin au moment juste où l’écrivaine refermait le sien. Quelle fille raide dingue de littérature n’aurait pas mouillé sa petite culotte en voyant cela ?
En tout cas, moi, j’étais sûre au moins d’une chose : son chemin, il le continuerait tout seul sans Angel, car il ne manifestait pas la moindre envie de fraterniser avec un local.
(Et puis, je voudrais pas dire, mais je crois qu’il écoutait tout ce qu’on disait sur lui)
« C’est quoi ces guignols ? », qu’il devait se demander, alors qu’il se gardait bien de lever le nez de ce fameux bouquin. Pas le dernier Dan Brown comme tout le monde. Non, un pavé style la bible. Pour se démarquer, mine de rien, du commun des mortels.
C’est comme sa chemise d’une blancheur immaculée… il l’avait déboutonnée juste ce qu’il fallait en haut, pour laisser voir sa médaille en or de la Vierge Marie. Sur des pectoraux bodybuildés de nanti et bronzés toute l’année, ça le faisait ; ça le faisait tellement que l’écrivaine en était secouée comme une salade. Bonne comme la romaine ! Tourneboulée ! Complètement chavirée par le personnage. Inch Allah, cette fois, c’était parti pour quatre ou cinq pages de prose intimiste pour essorer tout le dedans de son coeur.
La copine Angel, il suffisait de l’observer pour comprendre ce qu’elle avait derrière la tête.
Bécassine en panne des sens ! L’oie blanche à deux doigts de tomber la culotte. Ça devenait chaud bouillant devant.
« Dans tes rêves, ma grande », que je lui ai chuchoté dans le creux de l’oreille. L’occasion pour elle de noter au passage que ma mère qui s’appelle aussi Marie – Sainte Marie pleine de grâces – m’avait élevée dans le respect des valeurs religieuses et des bonnes manières.
– Tu te vois faire crac crac sous le nez de la maman du petit Jésus ?
Petite chose KO sur un haut tabouret de bar, l’écrivaine, elle s’est recroquevillée toute rougissante dans son gilet à bouloches couleur safran. On était peut-être deux sur le coup, mais je venais de marquer un point. En tout bien tout honneur. » p.21-25

Extrait de « L’orage ou la flûte, le Blablablog », roman de SOlène Vosse (Les Editions Le Manuscrit)

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WHAT ELSE?

TOUT sur L’orage ou la flûte *

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